Je projetais mon imaginaire dans des horizons de vie différente et instinctivement je me l’annonçais comme inaccessible. Un rêve limité à l’esprit du doux rêveur que je suis. Tout cela me semblait hors d’atteinte comme réservé à une élite d’hommes dont je ne faisais pas partie.
Il me fallait des sécurités pour avancer alors je m’aventurais d'un pied hésitant tout en me fixant solidement d’une main à celles déjà construites. Je ne soupçonnais pas un seul instant que ces liens deviendraient le support de mes peurs, où mes arguments ne manqueraient pas de satisfaction à me voir échouer dans toute nouvelle tentative d’essai à aller au delà de mes limites. Tanguant de droite à gauche comme le ferait un bateau ivre d’un espace qu’il ne contrôle pas. Je m’étais lié à un engagement à moi même, une prison virtuelle qui nourrissait mes peurs et mes convictions d’être dans le vrai, dont celle qu’un monde, extérieur à mes habitudes, ne pouvait être autre chose qu’un monde d’insécurités.
C’était un esprit dans lequel je m’enfermais pour ainsi préserver mon avenir de tout imprévu où, rien ne pouvait perturber. Vous souvenez-vous de cette scène du film de Luc Besson « Le Grand Bleu » ou l’acteur principal rencontre un premier échec, sous l’eau, avec le dauphin par suite de s’être maintenu au cordage de sécurité. Malgré l’appel que celui-ci exerçait sur l'homme, il ne lâche pas prise. Sa peur de l’inconnu a pris le pouvoir jusqu’au jour où il finit par se libérer totalement de cette emprise pour suivre, en compagnie du mammifère, l’inévitable destinée d’un autre lendemain dans la confiance. Nous sommes ainsi une majorité d’hommes qui se torturent de reproches sa conscience de ne pas avoir suffisamment de volonté pour aller en ces lieux qui l’attirent. Non pas la mort mais la séparation avec ce qu’il ne nous convient pas et auquel nous nous accrochons avec fidélité inconditionnelle. Cette part en nous, ce négociateur de faut rêves à qui nous lui allouons tout droit sur notre vie. Se contrôleur que nous sommes tous à projeter l’idéal et convictions en une place de rebut. Je possédais une chose mesurable qui n’était autre que cette richesse de conforts et d’habitudes bien installé, auxquelles je ne pouvais rationnellement pas me détacher. En contrepartie, une envie me torturait les intestins à ne pas suivre la route qui se présentait à moi. Deux attractions opposées, terre de matière et mer de la connaissance qui, par leur opposition, généraient des forces conflictuelles qui affaiblissaient mon équilibre intérieur. Le détachement, putain de merde ! Que cela a été dur la toute première fois.

J'ai l'impression de lire en moi, de me déchiffrer, merci pour ce texte :)
RépondreSupprimer