mercredi 1 décembre 2010

Dans un monde morne-mal !


Je commençais ma journée tête baissée et je la finissais souvent en trainant de la savate. Quelle lâcheté envers ma vie, quel manque de respect au temps que l’on m’accordait, mais que voulez-vous, là en était le prix pour conserver un semblant de vie apaisante, entretenue depuis de si longues années ! Je blâmais cette existence tout en étant conscient des causes qui faisaient de ma vie une existence non conforme à mes objectifs. Tout aussi contradictoire que cela puisse être, il me semblait aimer cette vie. Non pas de la savoir à l’image de mes attentes, mais je l’appréciais pour son aspect confortable. Je préférais lui octroyer tous les droits sur mon avenir. 

Faites vos choix, rien ne va plus ! Et hop, je lègue mes jetons et ferme mes yeux, dire de ne pas voir la mauvaise chance me choisir. De plus, s’en remettre à la destinée, était le seul moyen de pouvoir ensuite blâmer la vie de la mauvaise tournure des événements. Devenir dépendant de la vie, de son seul bon vouloir, quel détachement ! Comme si la vie devenait un être séparé de ma responsabilité. Pourquoi aurais-je dû me soucier des combats que je n’entreprenais pas pour elle, pourquoi aurais-je dû abandonner cette existence de “ Passif-de-la-vie ”. L’homme dans toute sa grandeur, je me nomme Josué ! Je veux bien laisser un existentiel, mais en contre-partie il me fallait des sécurités. À vrai dire, j’aimerais te donner un Euro si l’on me certifiait en retour dix Euros ou tout au moins le remboursement de mon investissement de départ.
Tout réside dans la peur, et j’en suis conscient, des risques de devoir laisser, d’abandonner ce que… Va t’en savoir ! Réduire les risques minimise la perte de mes acquis. Ne pas en prendre me fait les conserver, n’est-ce pas ? Lâche prise ! Prends du recul où sinon tu ne pourras aborder victorieusement de nouveaux territoires. Tiens ! Facile à dire, mais la vie, elle me fait peur !

Le cul bien trop souvent posé sur le divan, j’avais pour habitude de regarder le journal de vingt heures dans l’espoir ainsi d’étouffer le martèlement de mes appels à devoir changer,  dire de gagner quelques jours supplémentaires. Je feintais l’inévitable en l’assommant d’événements tragiques que l’on nous offre quotidiennement, comme un dealer qui vend sa dope aux overdosés de la tête. Dans l’unique but d’éviter ma lourde responsabilité sur ma vie, j’étais devenu maître dans la simulation du sourd d’oreilles. « Encore un airbus planté avec plus de huit cents morts, tu entends ça ! … Inondations en Bretagne, une guerre qui n’en finit pas entre Israël et la Palestine, tremblement de terre en Inde, tuerie en Afrique, élections truquées, détournement de fonds de la société trucmuche, pots de vin, vache folle, viols, meutres. Pas possible, c’est fou non ! » De quoi me rassurer de mon sort et surtout à ne rien vouloir y changer. Certains se ressourcent dans les forêts ou bien même dans l’art d’occuper son esprit dans l’activité, moi je puisais mes sources d’inspiration en regardant les malheurs d’autres-truies.

Le “journal”, ou le “jour-mal” ? Allez savoir ! À lui seul, il est le reflet des malheurs de ce monde. Quoi qu’il en soit, le jour-mal est là pour satisfaire nos attentes qui, de toute évidence, s’approvisionnent dans le moche côté des choses tant réclamé par l’homme. Façonnant la peur de la mort, cultivant la peur de souffrir, toujours plus suffoquante était l’étreint de l’ignorance. En somme ! Autour, j’en venais à me dire qu’il y avait forcément que de la merde et sans controverse possible, le jour-mal a toujours été là pour m’en persuader. Il vous montre celle des autres, question de vous faire oublier le pied que vous posez dans l’une des vôtres et annonce le temps qu’il fera demain. Un jeu tellement astucieux et si efficace que même les plus vaillants renonceront tôt ou tard à se battre de peur, cette fois-ci, de faire partie des exclus de la grande et loyale majorité des normes citoyennes. Au sein d’une société, soit tu deviens un individu morne-mal qui de surcroît montre du doigt la différence, ou soit tu optes en faveur de tes différences pour devenir l’un des montrés du doigt de cette planète.
Aucun encouragement te sera fourni pour persévérer dans l’homme libre de ton choix. L’éducation ne nous a pas appris ce savoir et dans une collectivité de charognards de rêves, tu risques fort bien de te retrouver un beau jour seul, accompagné de ta seule différence comme compagnons de route.

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